Observatoire Multidisciplinaire des Instabilités de Versants




La Clapière: introduction

Situation géographique

Le versant de La Clapière est localisé dans la partie Nord de la vallée de la Haute Tinée, en rive gauche. Il se situe à 80 kilomètre au Nord de Nice et un kilomètre en aval du village de St Etienne de Tinée. Au pied du versant, un glissement de 60millions de m3 est actif. Ce glissement s'étend du lit de la Tinée (1.100m d'altitude) jusqu'à une altitude de 1.800m. Latéralement, il est limité par les vallons de Dailoutre et celui de Rabuons, soit une longueur en pied de 1.100m et donc, une surface affectée de plus de 80 hectares.
Fig 1: Situation géographique du glissement de terrain de la Clapière

Historique

Les premiers indices d'activité visibles dans le paysage sont apparus depuis le milieu du 20ème siècle. On estime cependant qu'il est actif en profondeur depuis près de 10000 ans. La première manifestation historique de mouvements se trouve dans l'étymologie du nom "Clapière" donné au versant. En effet, le nom de "Clapière" est dérivé du terme provençal "Clapasse", qui désigne une zone d'éboulis. D'autre part, les archives de témoignages des personnes ayant "pratiquées" le versant, montrent l'histoire ancienne (18ème siècle) avec des signes majeurs d'instabilité:

  • des chutes de blocs fréquentes au niveau de la bordure latérale SW du glissement actuel (le long du vallon de Dailoutre) et de l'escarpement sommital actuel
  • l'apparition d'escarpements et de fentes de tension au niveau de la limite supérieure actuelle du glissement.
La comparaison des photos de 1938 et 1976 montre, en effet, un escarpement marqué (quelques mètres de décalage vertical) à mi-versant (1.700m d'altitude) et un cône d'éboulis massif juste en aval du village de St Etienne de Tinée. De 1976 à 1984, le versant subit des désordres morphologiques de plus en plus importants, avec notamment : une accentuation importante de la rupture de pente sommitale (décalage vertical de plus de 10m), une progression vers l'amont (altitude 1.500m) et vers le centre du versant de la zone source des éboulis et l'apparition d'une nouvelle en pied, côté Rabuons. D'autre part, le pied du versant montre également une progression rapide, aboutissant à la déstructuration de l'ancienne route d'accès au village de St Etienne de Tinée.


Surveillance

Cette évolution rapide et surtout l'aspect "mouvement de masse" a rendu nécessaire la surveillance et l'instrumentation du site. Celle-ci est basée, en particulier, sur une surveillance topographique des déplacements de surface du versant. Un système innovant et autonome est basé sur des mesures tachéométriques infra-rouges (tachéomètre Leica) pour le positionnement en trois dimensions de réflecteurs optiques installés sur le versant. Les stations de mesures sont installées sur le versant faisant face au glissement (versant d'Auron). La précision des mesures est estimée de l'ordre de 0.5 à 1cm sur des distances atteignant plus de 1.500m. Les données ainsi acquises sont transmises au Centre des Etudes Techniques de l'Equipement par ondes radio pour analyse et sont accessible à l'OMIV à t +1an (convention CETE Géosciences Azur). Ces mesures sont complétées par le calcul des déplacements par photogrammétrie et comparaison de MNT, et récemment par un suivi GPS. Un plan d'alerte peut alors être déclenché dans le cas de mouvements jugés critiques (plan ORSEC)

Impressionnant de par ses dimensions, et de par le volume de matériau qui menace de s'effondrer, il a très tôt été surveillé, d'abord manuellement, puis grâce à des techniques de plus en plus sophistiquées. Il a d'ailleurs servi d'expérience grandeur nature pour certaines techniques en développement (DORIS au début des années 1990, mesures tachéométriques automatisées, photogrammétrie, scanner 3D). Aujourd'hui, sa surveillance est placée sous la responsabilité du CETE Méditerranée. Mais, dans le cadre d'expériences menées dans le cadre du projet européen RETINA, quatre stations GPS ont été installées par Géosciences Azur en 2003.

Leur but premier était de tester un moyen de suivi bon marché et en temps réel des mouvements d'un glissement de terrain. C'est donc aujourd'hui, après près de quatre ans de mesure, qu'il convient d'évaluer l'efficacité de cette méthode.


Caractéristiques géomécaniques:

Tout d'abord, il faut souligner que, de par ses dimensions (1100 mètres de long et 750 mètres de haut) et de par le volume qui menace de tomber (de l'ordre de 50 millions de mètres cube), il constitue le plus grand glissement de terrain d'Europe. Le principal risque concerne l'effondrement de millions de mètres cube de roches risquerait d'obstruer la vallée où coule la Tinée et ainsi de créer un barrage artificiel. Celui-ci provoquerait d'abord l'engloutissement de Saint Etienne de Tinée, qui se trouve en amont. De plus, si ce barrage artificiel venait à rompre sous l'effet du poids de l'eau retenue, cela déclencherait une vague destructrice qui ravagerait la vallée de la Tinée, puis celle du Var, jusqu'aux abords immédiats de Nice où le Var se jette dans la Méditerranée. De nombreuses mesures de surveillance (voir partie ci-dessous) et de prévention (déviation de la route, tunnel pour la rivière) ont été prises, notamment au moment de la principale crise subie par le glissement, à la fin des années 1980.

Le glissement s'est donc divisé en différentes parties soumises à des mouvements différents en termes de vitesse et de direction de glissement. Toutefois, on divise communément l'ensemble du glissement en plusieurs parties de superficie et de cinématique variables, que la figure ci-dessous résume.

Fig 2 : Photo commentée résumant les principales caractéristiques morphologiques du glissement de la Clapière (photo d'Octobre 2007)

Problématique scientifique et enjeux majeurs sur le site:

Les principales problématiques scientifiques sont la compréhension de la cinématique, du mécanisme du mouvement de terrain et des interactions entre sollicitations externes et dynamique rupturelle. Si le glissement de la Clapière présente depuis les années 2000 un ralentissement, il montre des phases d'accélération saisonnières et de nouvelles zones en amont succeptibles d'évoluer. Les dernières études (thèse H. Jomard, S. El Bedoui) ont montrées que le glissement de la Clapière n'était que la partie visible et active d'une masse encore plus importante (DSGSD de la Colle Longue). Si l'on se réfère aux mouvements d'ensemble, avec les plus importants qui sont apparus en 1987, ont constate que les vitesses de surface mesurées ont atteint localement et ponctuellement plus de 100mm par jour (soit une vitesse moyenne annuelle estimée à plus de 15m par an). Ce type de période de "crise" a nécessité des aménagements spécifiques :

  • la déviation de l'ancienne route d'accès au village (aujourd'hui ensevelie par le pied du glissement,
  • la mise en place d'un tunnel de dérivation des eaux de la Tinée.
Il s'agit d'une galerie de débordement (dimensionnée pour une crue décennale) de 2.500m de long et passant en rive droite de la Tinée. L'objectif de cette installation est de prévenir les risques que causerait la création d'un lac de retenue naturel, en cas d'un glissement de masse.

Depuis les années 2000, il semble que le déplacement général du versant se soit ralenti, bien que quelques phases plus actives soient décrites, notamment en 2001 et sûrement en 2009 à cause d'un cumul record de plus de 8m de neige. Une surveillance géomorphologique de la périphérie du glissement est menée régulièrement et semble montrer une faible propagation amont des déformations récentes (toutefois, non négligeable en terme de prévention de risques). Il semble que le mouvement de glissement généralisé fait actuellement place à un démantèlement progressif du versant par nappage lié aux lenticulations structurales et que la morphologie soit ainsi très peu perturbée. Depuis quelques années, Le glissement montre une évolution hétérogène avec des parties "stabilisées" (pied du versant, où subsiste des chutes de blocs) et des parties toujours mobiles (partie supérieure NE). L'origine du glissement est l'un des enjeux scientifiques de ce site et il est sujet à débat depuis l'apparition des premiers désordres importants et, notamment depuis la crise de 1987. Les hypothèses les plus souvent proposées (associant en fait facteurs de prédispositions et facteurs déclenchants) sont :

  • la décompression du versant suite à la fonte du glacier tinéen
  • l'amincissement de la barre d'Iglière dans le vallon de Rabuons a également été proposé comme facteur de prédisposition, même si cette structure est communément décrite comme un point d'ancrage du versant
  • la dissolution du gypse triasique au pied du versant (Compagnon, 1997),
  • l'intensité du pré découpage structural (fracturations à toutes les échelles) ;
  • l'érosion en pied de versant par la Tinée ;
  • les sollicitations hydromécaniques sur une longue période de temps (Cappa et al, 2004 ; Guglielmi et al, 2005).
Cependant, la majorité des auteurs s'accordent sur le fait que l'existence La Clapière trouve son origine dans la surimposition de facteurs défavorables et rejettent l'hypothèse d'une cause unique. Les mises à jour récentes établies par Jomard H. (2006) ont permis d'inclure le versant dans le DSGSD de Colle Longue. Le site associe donc un mouvement catastrophique "récent" (en termes de temps géologique) à une déformation gravitaire post glaciaire, soit une déformation gravitaire sur 10.000 ans